PARIS au Vème siècle
- Fluctuat Nec Mergitur -


Le passage de l'appellation LUTECE à celle de PARIS s'est faite progressivement à partir du Concile de Paris en 368 qui réunissait les évêques en vue de lutter contre l'arianisme. C'est sans doute sous Julien, qui réorganise l'empire tant sur le plan politique que sur le plan administratif et fiscal, que Lutèce, passant du statut de cité soumise à cité indépendante (Civitas) entre 358 et 360, devient Paris, cité des Parisii.

Le lecteur prendra connaissance avec intérêt d'une introduction au IVème siècle tirée de l'Histoire de la Gaule de SEGUR.


Lutèce à la naissance de Sainte Geneviève

Comme pour toute cité, on trouve Lutèce "intra-muros", fortifiée dans l'actuelle Ile de la Cité, fortifications construites au IVème siècle, et Lutèce extra-muros étendue sur les pentes du mont Lucotetius, l'actuel quartier latin et l'actuelle 'montagne Sainte-Geneviève'.
Habitée par les Parisii, au moment de la conquète romaine, la cité vécu du commerce pendant toute la "pax romana", en bonne intelligence avec l'administration officielle. Mais dès les premières invasions, à partir de 350, elle profite de l'abandon d'une partie de la rive gauche "extra-muros" pour se fortifier solidement en récupérant les pierres des bâtiments abandonnés.
Le quartier "Saint-Marcel" s'étoffe avec l'augmentation d'une population laborieuse qui profite des rives est de la Bievre et de ses carrières pour occuper une zone dont les carrières lui procure des abris.
L'ile était traversée par la grande route Orléans-Boulogne (à l'emplacement de l'actuelle rue Saint-Jacques) qui avait facilité la construction de deux ponts de pierre en enjambant deux bras de Seine plus étroits à cet endroit.
Lutèce, en revanche ne se trouvait pas sur le grand itinéraire est-ouest Châlons-sur-Saône- Rouen qui, en raison des boucles de la Seine passait plus au nord et qu'une route secondaire rejoignait à ... Saint-Denis. On peut évaluer les habitants à l'époque de la naissance de Geneviève en 420 à moins de 5000 (certains disent 2000) alors que se fondant sur la capacité des arènes fixée à 18000, on imagine que ce devait être une cité de plus de 20 000 habitants aux seconds et troisièmes siècles.
La rive gauche incendiée servait de carrière de pierres et de cimetières. La rive droite était une rive d'entreôts marchands en même temps que de carrière de sable, le plâtre venant de Montmartre et les carrières de pierre du faubourg Saint-Marcel, faubourg des chrétiens. Rive droite et rive gauche devaient être occupée par les immigrés et les "manoeuvriers".

Lutèce à la fin du 4ème siècle: La ville impériale et militaire

Pendant trois siècle suivant sa prise par Labienus, général de César, Lutèce fut incorporée dans la Lyonnaise seconde qui couvrait la Bourgogne, la Champagne, l'Ile de France jusqu'à la Loire et la Bretagne.
C'est au cours des années 356 & 357 que Lutèce subit les invasions barbares jusqu'à voir son "quartier latin" pillé et brûlé et ses habitants s'enfuir ou se réfigier dans la cité.
C'est ainsi que l'empire décida de fortifier le passage de la Seine. Vers 385, une nouvelle division mit Lutèce dans la nouvelle province de la Lyonnaise quatrième qui eut pour capitale Sens, devenue en même temps siège de l'évêque primatial des Gaules avec l'abbaye de Ferrières toute proche.
Dans cet environnement, Lutèce était une division à part, lieu d'élection de la tribu des Parisii, et premier pont (de bois) traversant la Seine depuis son embouchure.
Devenue ville militaire d'infanterie mais aussi de marine, Lutèce fut choisie comme lieu de villégiature de deux empereurs:
Julien (dit l'apostat) pendant l'hiver 357-358 puis en 359-360 où il repousse les Alamans. Sa femme, Hélène, était la soeur de l'empereur Constance Chlore
Paris était déjà une pépinières de philosophes mais aussi de médecins, tels Oribase le commentateur de Gallie; Julien l'Apostat entreprit de supprimer les enseignements profanes tels la rhétorique, la médecine, la grammaire et la p^rofession de sophiste. Mais Julien, par volonté politique, interdit le culte chrétien à ses habitants, d'où son surnom d'apostat.
La réputation littéraire et scientifique de Julien amenèrent à Lutèce les premiers érudits à l'image de son médecin personnel, Oribase, par qui nous connaissons les oeuvres littéraires de l'empereur qui avait formé à Lutèce une sorte d'académie.
Valentinien II (fils de Valentinien 1er nommé empereur des Gaules) et Valens résident à Paris en novembre/décembre 365 et publient trois lois rapportées au code de Théodose.
Gratien (2ème fils de Valentinien 1er nommé empereur des Gaules en 375).
Culano (Grenoble) prend le nom de Gratianopolis en 379.
Sous Gratien, Maxime, converti au christianisme, voit avec jalousie Théodose, son ancien compagnon d'armes, monter sur le trône d'Orient en 379. Il profite de l'enthousiasme de ses légions, au retour d'une campagne triomphale contre les Écossais et les Irlandais, pour se faire lui aussi proclamer empereur (381). Traversant la Manche en 383, il envahit la Gaule, met en fuite l'empereur Gratien aux environs de Lutèce, le poursuit jusqu'à Lyon.
L'empereur en titre, Gratien, venu à Lutèce mâter la révolte des légions bretonnes débarquées à Boulogne, doit se sauver mais, dans sa fuite, il fut assassiné à Lyon. Lutèce avait ouvert ses portes à Maximus.

Les auxiliaires Sarmates des Romains protégeaint Lutèce sur la route de Lyon, exactement comme les Alains protégeaient Orléans sur la Loire.
A la fin du 4ème siècle, Lutèce est devenue municipe, c'est à dire cité auto-administrée sur le territoire de la "CIVITAS".
Lutèce fut, avec Julien, rétablie dans ses droits (in re civili magnanimitate correxit et libertate (Ammien Marcellin), in civibus jura restituit (Mamertimus).
Mais Julien, par volonté politique, interdit le culte chrétien à ses habitants, d'où son surnom d'apostat.
La réputation littéraire et scientifique de Julien amenèrent à Lutèce les premiers érudits à l'image de son médecin personnel, Oribase, par qui nous connaissons les oeuvres littéraires de l'empereur qui avait formé à Lutèce une sorte d'académie.
Mais hélas, en 406, une nouvelle furie barbare fondit sur la cité, faisant fuir les empereurs, laissèrent les municipes complètement autonomes avec un quartier latin à nouveau dévasté. Ces incursions durèrent 10 ans, de 406 à 416.
On voit bien que dans la vita de Sainte Geneviève, il n'est fait aucune référence d'un ordre établi religieux ou militaire autre que celui des administrateurs civils dont certains auteurs estiment qu'elle en assura l'autorité tout au long de sa vie.


C'est en 470 seulement que Childéric prend Paris, six ans avant la chute définitive de l'empire en 476.


LA CIVITAS

Le pouvoir romain à la fin du IVème siècle était partagé entre le pouvoir politique, le pouvoir militaire et le pouvoir religieux des évêques. Le pouvoir politique se manifestait par celui des Préfectures avec celle de Trèves pour la Gaule, et celle de ... pour la Bretagne (l'Angleterre). Le pouvoir religieux par celui des "primatiats", Sens pour la Gaule avec le Monastère de Ferrières et Dol pour l'Armorique. Au moment des invasions barbares, la Préfecture de Trèves est déplacée à Arles.
Au 4ème siècle, Lutèce était soumise au même régime financier que les tribus voisines, Sénones, Tricasses, Meldes, Bellovaques et Edui.
Deux préfets militaires résidaient à Paris: celui des navigateurs, dont les attributions couvraient Andresy, et celui des Sarmates, militaires d'infanterie qui couvrait la haute Seine & Yonne jusqu'à Auxerre. Lutèce était dès lors érigée en Cité, c'est à dire dotée d'institutions autonomes avec un corps de juges, d'administrateurs municipaux, une curie (ordo municipalis).
Après Théodose le Grand (395), la hiérarchie administrative disparaît. Les métropoles deviennent politiquement des villes comme les autres : il n'y a plus ni dux, ni praesides. La Gaule retourne au régime des cités celtiques, quasi indépendantes les unes des autres. Dans ces villes christianisées, les conseils locaux sont des conseils de prêtres (presbyteros, prêtre, traduction grecque de senior) entourant le magistrat principal, l'évêque (qui prend souvent le titre de defensor civitatis). L'évêque (episcopos, c'est-à-dire inspecteur) est à la fois chef spirituel du centre urbain et responsable civil du territoire : il nomme dans les villes secondaires des vicaires forains. Seule la vie religieuse conserve l'organisation en provinces, avec un gouvernement central ; le pape de Rome nomme dans chaque métropole un archevêque qui a autorité sur les évêques des cités et qui les réunit en conciles provinciaux.

Lutetia et Nemetodurum (Nanterre)
Les fouilles récentes faite à Nanterre à l'occasion du percement du super-périphérique laissent découvrir une cité gauloise dont on évalue la population à 10 ou 20 000 habitants du 1er siècle (pour 5000 à Paris à cette époque) ce qui laisse les archéologues perplexes. D'un côté, cela conforterait l'idée que le port militaire soit situé à Andresy, à l'extrème ouest de la Civitas, et le camp des Légions au Mont Valérien, de l'autre, rien, dans la litterature qui nous est parvenue, ne mentionne "Nemetodurum" dans ce sens.



La civitas au Vème et au VIème siècle.

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On aperçoit ici que la Civitas couvrait l'actuelle Ile-de-France jusqu'à Essonnes au Sud, Versailles à l'Ouest, Conflans,Taverny (Pontoise non compris) et la rive gauche de l'Oise jusqu'à l'Ile-Adam, Survilliers au nord (Chantilly non compris), l'actuelle Marne-la-Vallée à l'Est avec Thorigny.
Cliquer ici pour faire apparaître les légendes.










































Paris de la naissance de Geneviève à sa mort

Les patriciens étaient donc pratiquement tous regroupés et protégés dans l'Ile de la Cité, la rive gauche n'étant plus habitée que partiellement. Jusqu'au milieu du 3ème siècle, date des premières invasions, la rive gauche de Lutèce était occupée par la petite et moyenne bourgeoisie, résidant dans des maisons mitoyenne souvent équipées de l'eau courante voire chauffées, meublées et décorées dans un style identique à celui de Pompei comme le dévoilent les fouilles de l'Institut de Géographie.
A la naissance de Sainte-Geneviève cette partie de Lutèce était déjà retournée à l'état de terrain vague et habitée par les ... SDF.
Lutèce regroupait l'administration romaine civile, le commandement de la flotte romaine militaire (l'une des quatre flottes militaire romaine en Gaule), l'archevéché (vacant), la compagnie des nautes (l'institution des nautonniers), les commercants et artisans.
Il ne semble pas que Lutèce eut possédé un camp de troupes militaires, le campement régional se trouvant plutôt à ce qui est devenu l'actuel Mont Valérien sur le site de Nanterre et le terrain de manoeuvre à l'emplacement de l'actuel Champ de Mars.
Les grandes infrastructures du bas empire ne devaient, pour certains, subsister qu'en partie et pour d'autres avoir été changé de destination ou de propriétaires:

-les deux ponts de bois et les deux portes nord et sud défendues par des tours
-les arènes de 20 000 places
-les thermes dits de Cluny devenu palais des thermes occupé tant par les empereurs que par Childeric et les premiers rois mérovingiens francs.
-les thermes de la rue Gay-Lussac
-les thermes de la rue des Ecoles (Collège de France)
-un théatre de 4500 places (sur l'emplacement de l'actuel Lycée Saint-Louis
-le forum (sur l'emplacement de la place de la rue Soufflot)
Le forum, vaste bâtiment de 190m par 50m, fouillé au 19ème siècle, revela une baslique et un temple. Dans les fortifications du forum établies au 4ème siècle, se trouvent des niches louées à des commerçants.
br> -la nécropole (sur l'emplacement de l'actuel Jardin du Luxembourg)
-l'aqueduc dit d'Arcueil fournissant l'eau potable en abondance au débit estimé de 2000 m3/j.
-la voie d'Orléans, large de 6m, dont on a retrouvé les traces au niveau de l'Institut de Géographie: voir le site de l'INRAP
-la maison des vierges consacrées sur la rive droite en arrière de l'actuel hotel de ville.


La cité, renforcée de remparts de la fin du 4ème siècle comprenait:
-le palais
-l'église Saint-Etienne. Les fouilles recentes du parvis de Notre-Dame ont permis à J.Hubert d'indiquer que ses ruines comprennent une façade composée d'un narthex et de trois nefs de 24 m de large. Ce qui nous donne par extrapolation 50 m de long. Cela en fait une église plus longue que la cathédrale de Clermont ou de Tours.
-le baptistère indiqué par l'ensemble des auteurs anciens.

-l'oratoire Saint-Martin (de la fin du 5ème siècle) près de la porte nord sauvegardé après l'incendie de la cité en 585. -la prison (Prison Glaucin) à l'emplacement de l'actuelle Conciergerie, et de ses salles de garfe à vue.
-l'ancien autel gaulois des nautonniers à Smertrios puis, romain, à Jupiter auprès duquel sera construit l'évêché au nord de l'actuelle Notre-Dame.
Les municipes habitaient le palais de la cité et les empereurs s'établirent dans le palais des thermes reconstitué. Le poëte Fortunat décrit les jardins qui entouraient le Palais des Thermes dans un ouvrage intitulé "Les Jardins de la Reine Ultrogothe". Childebert traversera plus tard ces jardins pour se rendre à la nouvelle église Saint-Germain-des-Prés. Ils donnaient au nord directement sur la Seine et, s'étendant vers l'ouest étaient bordés par un canal (situé à l'emplacement de l'actuelle rue Saint-Benoît) qui renait ses eaux dans la Seine


Enfin, les auteurs tels DULAURE dans Histoire de Paris pensent que le camp romain assoié au Palais des Thermes se trouvait à l'emplacement de l'actuel Jardin du Luxembourg, encore ne devait-t-il s'agir que de la garde prétorienne et pas des légions.
Vers le sud de l'actuel Panthéon se trouvait un quartier des potiers dont on a retrouvé les fours.



Paris au Vème et au VIème siècle.

La rive gauche de Paris, brûlée à la fin du IVème siècle,laisse des terrains vagues partiellement habités par les sans domicile fixe et quelques artisans. Le quartier chrétien de Saint-Marcel, sans pour autant avoir été épargné, est complètement réhabité.

Légende:

A Palais de la Cité
B Thermes de Cluny
C Théatre
D Thermes du 'Collège de France'
E Forum
F Thermes de 'Gay-Lussac'
G Arènes de 'Monge'
H Monastère
I Pilier des Nautes
J Maison de la marraine de Sainte Geneviève
K Baptistère Saint-Martin
L Oratoire Saint-Martin
M Petit canal du parc du Palais
N Ancien parc du Palais transformé en champ de maneuvre sous Julien
O Entrées des Catacombes exploitérs en carrières
P Chapelle de Sainte Geneviève
1 Eglise Saint-Etienne
2 Eglise Notre-Dame
3 Baptistère de Saint-Jean-le-Rond
4 Oratorium
5 Eglise Saint-Germain-le-Vieux
6 Oratoire Saint-Martin
7 Monastère d'hommes Saint-Martial
8 Monastère de femmes Saint-Christophe
9 Basilique Saint-Pierre-Saint-Paul
10 Eglise Saint-Symphorien-des-Vignes
11 Eglise Saint-Julien-le-Pauvre
12 Eglise Saint-Victor
13 Eglise Saint-Séverin
14 Eglise Saint-Benoît-le-Bétourné
15 Eglise Saint-Etienne-des-Gris
16 Eglise-Notre-Dame-des-Champs
17 Eglise Saint-Marcel
18 Eglise saint-Vincent
19 Eglise Saint-Pierre
20 Eglise Saint-Gervais
21 Eglise Saint-Merri
22 Eglise Saint-Martin-des-Champs
23 Eglise Saint-Laurent
24 Eglise Saint-Germain-l'Auxerrois
25 Eglise Sainte-Opportune
26 Mont Martyrs






























































Ce quartier sud était limité à l'est par la Bièvre dont le cours passe en bas de l'actuel boulevard Saint-Marcel et entre dans le Paris actuel par la porte de la Poterne des Peupliers. Ce quartier sud comportait avant les invasions de riches villa équipées de chauffage central et de l'eau courante.
A l'est de la Montagne Sainte-Geneviève, s'étendait jusqu'au pied de la Bievre et autour du gué permettant à la route de Melun de rejoindre la cité, se trouvait le quartier chrétien, fort de se protéger dans les carrières de pierre et les tunnels qu'on y avait creusé.

La rive droite était certainement couverte d'entrepots. La route de Saint-Denis parcourait l'itinéraire de l'actuelle rue Saint-Martin car la rue de Saint-Denis date du VIIème siècle.
A montmartre se trouvaient les carrières de gypse, qui, cuit, donne le plâtre. Mélangé à de la poudre de calcaire il fournissait des enduits du plus bel effet.
En amont et en aval du fleuve, on trouvait des sablières. Ce quartier ne commencera véritablement à se peupler qu'après l'arrivée de Clovis au VIème siècle.
Ainsi, Grégoire de Tours mentionne 5 églises suburbaines: St Pierre St Paul, Saint-Julien, Saint Laurent, Saint-Vincent&Sainte-Croix et Saint-Marcel. Il faut mentionner en dehors des murs, le quartier de Montmartre avec son temple à Mars et Mercure et ses villas, ainsi qu'une villa aristocratique à l'emplacemet de l'actuel Saint-Germain des Prés.


Le poumon de Paris pendant la vie de Sainte Geneviève: La Seine

Si, au départ, la cité des Parisii s'était construite à cet endroit, c'est qu'il formait, avec son chapelet d'iles, un endroit commode pour traverser.
Mais, sous l'Empire, Lutèce prospéra parcequ'il s'y formait une rupture de charge dans le transport fluvial.
En effet, la Seine n'était véritablement navigable qu'en aval, voire navigable à la voile, en utilisant des bateaux à quille ou à fonds lestés. En amont, dès la séparation de la Marne et de la Seine, le tirant d'eau se révelait insuffisant. En été, souvent à sec, en hiver souvent impétueuse, la navigation n'était, en amont véritablement faisable qu'aux deux demi-saisons. A partir du 3ème siècle, les transports par charettes sur les grandes voies romaines étaient limitées en poids par décret pour éviter les usures de la chaussée. L'effet en fut que le transport des pondéreux par voies d'eau avait pris une grande extension.
Le bassin parisien recouvrait de nombreuses voies d'eau navigables aux demi-saisons en sus de la Seine et de la Marne, l'Ourcq, le Grand et le Petit Morin, l'Yerres, l'Aubetin, l'Essonne, l'Orge, le Loing et la Juine. La Bievre devait déjà servir aux tanneries.
Par ailleurs, de nombreux déblais au voisinage de l'Ile de la Cité rendaient le passage direct des bateaux impossible et obligatoire le transbordement des marchandises.
A part les barques à voile remontant la Seine en aval de Paris, le gros remontant fonctionnait à l'aide d'attelages de chevaux ou de boeufs depuis la berge avec un véritable réseau de relais "logistiques". Ces attelages pouvaient atteindre 30 chevaux et correspondait à une organisations de spécialistes auxquels les paysans portaient main forte et bêtes d'appoint. A la descente, un important trafic de bois de chauffage et d'oeuvre venait de forêts de plus en plus lointaines car autour de Paris ces ressources venaient à manquer. En effet à partir du IVème siècle, la région parisienne n'avait plus de bois exploitable et on descendait des bois depuis le Morvan par l'Yonne, la Champagne et les Ardennes par la Seine et la Marne.
Le bois descendait par flottage.

Le réseau routier a pu être reconstitué grâce à l'Itinéraire de Peutinger. Constitué en Gaule par Agrippa, gendre et collaborateur d'Auguste, dès 19 av JC, il couvre l'ensemble du territoire des Gaules après 200 ap JC.
Sur le territoire d'Ile de France, la route d'Agrippa Châlons-Pontoise ne passe pas par Lutèce en raison des anastomoses des différents fleuves du bassin. En revanche plusieurs bretelles la relient à Lutèce, par Saint-Denis au nord, mais aussi au sud-est par Montereau et Melun.
Ce réseau routier était déjà à cette époque constitué de cinq directions:
-La route d'Orléans (Cenabum) par Etampes au sud et la route de Boulogne par Saint-Denis et Senlis.
-La route de Châlons par la rive droite de la Seine
-La route de Trêves par la rive droite de la Marne via Reims (Durocortorum).
-La route de Rouen (Rotomagus) par Saint-Denis et Pontoise (Briva Isarae).
-La route de Cherbourg (Coriallum) par Mantes, Evreux (Eburovices) et Lisieux (Lexovii).


Le Paris ecclésiastique: Saint Marcel

On s'accorde à reconnaître en Saint Denis le premier évêque de Paris. Il fut suivi d'autres de façon plus ou moins interrompue jusqu'à Saint Marcel.
Un sacramentaire médiéval (BN, ms. lat. 2291 réédité par Duchesne (Fastes Episcopaux II, p240)) précise la liste des évêques de Paris:

-1 Saint Denis
-2 Mallo, futur premier évêque de Rouen
-3 Massus
-4 Marc
-5 Adventus
-6 Victor (Victorinus), reconnu en 344-346 et dont le nom figure dans les évêques ayant reconnu la réhabilitation d'Athanase
-7 Paul
-8 Prudence, inhumé sur le mont Lucotetius.
-9 Saint Marcel (405-436), décédé un 1er novembre 436, dont la Vita fut rédigée par Fortunat, évêque de Poitiers, à la demande de Saint Germain, et qui présida au concile de Paris en 360-361.
Neuvième évêque de Paris. Il avait lui-même choisi, pour lieu de sépulture, un emplacement situé à l'angle sud que forment aujourd'hui le boulevard Saint-Marcel et l'avenue des Gobelins, en bordure de l'ancienne voie romaine. Son tombeau devint rapidement un lieu de pèlerinage et les chrétiens de Lutèce prirent l'habitude de dire "On va à Saint-Marcel". Ses reliques sont contenues dans un reliquaire placé sous la tribune de l'actuelle église Saint-Marcel."
-10 Vivianus (436-xxx)
-11 Felix
-12 Flavien
-13 Ursisenus
-14 Apedemius
-15 Heraclius, présent au concile de Paris de 511, date de la mort de Clovis

Si Saint Denis fut l'évangélisateur de Lutèce, le régime anti-chrétien de Julien fit revenir les persécutions. Le quartier chrétien des bords de la Bievre au passage de la route de Lyon servait de refuge aux persécutés. En effet, les carrières souterraines de pierres, constituant les premières catacombes, leur servait de refuge comme à Rome.
Ce fut Saint Marcel qui organisa le rétablissement des cultes et qui, à sa mort, y fut enterré.
Un autre Saint, Martin, mort en 393, devait laisser un souvenir dans la Cité après son passage remarqué.


Paris à la mort de Sainte Geneviève: naissance de la France chrétienne quand, aux larmes de Geneviève, succèdent celles de Clotilde.

La religion avait été conçue dès Constantin comme un instrument politique: la nomination des évêques par l'Empire lui permettait de maintenir une cohésion sociale dans un Empire en but aux guerres civiles. Après Tournai puis Soissons, Clovis choisit finalement Paris, en 508, afin d'y établir sa capitale.
Ses raisons sont sans doute principalement stratégiques, la cité ayant été une ville de garnison et une résidence impériale vers la fin de l'Empire. En outre, un vaste et riche fisc l'entoure. Elle n'a qu'une importance symbolique : le royaume franc n'avait pas d'administration (ni d'ailleurs aucun des caractères qui fondent un état moderne), et les rois francs qui succédent à Clovis n'attachent pas d'importance à la possession de la ville. Cependant, la ville de Lyon, ancienne « capitale des Gaules », perd définitivement sa suprématie politique dans l’isthme Ouest-européen.
A sa mort, Sainte Geneviève est inhumée aux côtés de la tombe de l'évêque Prudentius (Prudence) dand un sarcophage dont la pierre de fond subsiste encore dans la grande châsse de l'église Saint-Etienne-du-Mont. Devant l'affluence des croyants devant le sarcophage, celui-ci fut recouvert d'un petit oratoire en bois.
Puis, Clovis et Sainte Clotilde décidèrent dès 508 d'y établir une basilique du nom de Saint-Pierre-Saint-Paul ou des Saints-Apôtres.
A sa mort, en novembre 511, Clovis est lui-même enterré aux côtés de Sainte Geneviève dans la dite basilique.
Ses trois fils se partagent la Francia naissante, Clodomir (494-524) reçoit le Royaume d'Orléans, Clotaire celui de Soissons et Childebert 1er reçoit Paris.
Sa fille, prénommée Clotilde également, épousa le Roi Wisigoth (arien) Amalaric en 517 qui la maltraita toute sa vie. Les fils de Clodomir, Gontaire, Chlodoaire, Chlodoald, gardés par Sainte Clotilde, leur grand-mère, à Tours, furent assassinés en bas âge à Paris par Clothaire.
Childebert 1er fondera en 558 l'abbaye de Saint-Germain oú seront enterrés les mérovingiens. Sainte Clotilde décédée le 3 juin 545 à l'âge de 70 ans, son corps sera lui-même rapatrié de Tours où elle vivait religieusement pour être inhumé à Paris aux côtés de Son amie Sainte Geneviève et de son époux. Childebert 1er fondera en 558 l'abbaye de Saint-Germain oú seront enterrés les premiers rois mérovingiens.